Juge mon appel téléphonique de sollicitation

Hier soir, Jean-Martin Aussant est allé manger de la Pizza KD avec la gang de La soirée est (encore) jeune. J’ai trouvé Jean-Martin beaucoup moins intéressant que quand il défendait l’indépendance du Québec, mais l’économie sociale ça reste quelque chose de louable.

N’empêche, ça fait toujours étrange d’entendre Aussant. Ça ramène en arrière. Il y a quelques semaines, mon troisième anniversaire de militantisme actif m’a filé entre les doigts sans trop que je ne m’en rende compte. Trois ans déjà!

J’ai déjà raconté ici comment j’en suis venu à l’idée révolutionnaire de prendre une carte de membre d’Option nationale. Mais du membership au militantisme, il y a encore un pas, un pas que j’ai franchi presque par accident.

Cet été-là, j’avais décidé qu’être une patate de divan c’était fini, et j’ai commencé à courir au début du mois d’avril. En mai, je subissais le 5 km de l’Éveil des plaines sur un chrono d’escargot. N’empêche, j’avais comme projet de faire un 10 km au Marathon des deux rives, et j’y tenais.

Donc j’arpentais les rues de Sainte-Foy avec mes New Balance Minimus orange qui matchaient avec mon cardiofréquencemètre Polar en faisant des intervalles, question de me faire aller la patate. On était en juillet 2012. Pour être bien honnête, je faisais de mon mieux pour suivre le rythme de course de mon père, sans grand succès. Éventuellement, drelin-drelin, mon téléphone sonne.

Difficile de ne pas reconnaître un laïus téléphonique quand on s’en fait servir un. Les élections approchent. Julie McCann portera la bannière d’Option nationale dans Jean-Talon. L’exécutif local collecte des fonds pour poser des pancartes. 25$ par pancarte, juste ça. J’essaye de reprendre mon souffle. Mon interlocuteur s’appelle Steven Goulet, et c’était le trésorier et responsable du financement d’Option nationale Jean-Talon. Je lui dis que je peux bien payer pour une pancarte, ou trois, mais que je veux aussi rencontrer les gens. Il m’invite au Cercle, quelques jours plus tard pour le lancement de la campagne.

Au Cercle, il y avait du monde qui débordait jusque sur le trottoir. Sur la scène, il y avait un Jean-Martin Aussant enrhumé accompagné de tous ces gens que j’apprendrais plus tard à connaître: Guillaume Langlois, Vanessa Roy, Marianne Garnier, Jean Bouchard, Alexandre Desmeules, Nathaly Dufour et Guillaume Cyr. Et voilà que dans la foule je tombe sur une vague connaissance; quelqu’un avec qui j’avais déjà fait des GN quelques années auparavant. (N’ayons pas honte de l’admettre. Il était déguisé en fossoyeur, et moi en bouffon épeurant. C’était une autre époque.) Président de mon conseil exécutif local, toé. Il ne s’en fallait guère plus que je sois proprement enrôlé. La semaine suivante, une assemblée générale spéciale officialise le tout; je suis embrigadé aux côtés de quatre autres recrues; pour la petite histoire, l’une d’elles est maintenant vice-présidente du parti. Les autres ont tous quitté tôt ou tard, mais on les aime pareil. Ils ont tous été remplacés par de nouvelles faces toutes plus crinquées les unes que les autres. Ainsi va la vie qui va!

Après les élections les choses se sont accélérées. Après une superbe soirée de levées de fonds agrémentée de whisky et de la moustache de Jean-Martin, le président de l’exécutif tira sa révérence, et pour une raison que je ne m’explique pas encore, le reste de l’exécutif s’est tourné vers moi pour prendre sa place. Mon premier acte présidentiel a été de faire des cartes de Noël pour tous nos membres; pour sauver de l’argent on les a distribuées à pied dans la tempête de neige. Ouaip. Cave de même. Mais j’ai eu mes bons moments après ça. On a eu le congrès de 2013; la fameuse fin de semaine du levain dans la pâte. La mise sur pied de l’Université nationale, à l’été 2013. On a tenu le fort pendant la course à la chefferie, célébré dignement la nomination de Sol Zanetti, et présenté le basson humain, Alexandre Lavallée dans notre circonscription en 2014. C’était une belle élection, même si on a mangé une volée. Les choses ont accéléré de nouveau. J’ai pris la direction des communications nationales pendant trois mois, aidé à organiser le congrès 2014 et l’élection partielle dans Lévis avant finalement d’atterrir au conseil national et à la commission politique d’ON.

Étrangement, chaque étape a été la suite logique de la précédente. Le seul moment où j’ai vraiment eu à choisir « j’y vas-tu ou ben je choke » c’était en juillet 2012, avec mes New Balance Minimus orange aux pieds à écouter Steven essayer de me vendre une pancarte.

Quand tu milites pour un parti, la chose la plus dull à faire c’est des téléphones de sollicitation. Mais on ne peut jamais vraiment savoir. En rétrospective, je crois que c’est un coup de téléphone qui a profondément changé ma vie, et j’ose espérer que l’impact ne se limite pas qu’à moi. Tout ce que j’ai fait pour l’indépendance du Québec durant ces trois dernières années remonte à cet ultime moment, la fois où mon nom était dans une liste et qu’un mec a décidé de m’appeler pour essayer de me convaincre de loader un peu ma carte de crédit.

Deux choses à retenir:

  1. Amis militants, ne négligez pas vos téléphones. C’est important. Ça ne m’a pris qu’une petite poussée pour que je tombe dans le gouffre, et honnêtement, cela est juste et bon.
  2. En souvenir de ce lancement de campagne 2012 au Cercle, j’ai le grand plaisir de vous inviter tous autant que vous êtes à assister au lancement de notre Livre qui fait dire oui, au Cercle, le 15 septembre. J’ai signé un chapitre du livre, et faites-moi confiance, chaque page de ce livre vaut le déplacement.

Juge ma liste de Noël

Donc on est la nuit du 15 mai et le mouvement indépendantiste est en beau mosusse après Sol Zanetti parce qu’il ne s’est pas jeté dans les bras de Pierre-Karl Péladeau. Pas de surprise là.

Moi non plus j’y crois pas, en Péladeau. Pas parce qu’il n’est pas rassembleur. Pas parce qu’il n’a pas fait un beau discours. Pas parce qu’il ne parle pas de pays… C’est parce qu’on a tellement déjà vécu ça.

Évidemment il faudrait être bien malin pour faire la différence entre la fois qui va marcher et celles qui ne marcheront pas. Tout le monde est en pleurs devant le nouveau chef du Parti Québécois, et pourtant tout le monde approuve son choix de ne pas s’être fixé d’échéance. On y croit, mais pas tout à fait. On se fait un peu accroire qu’on y croit.

Si au fond je refuse de faire confiance en ce rutilant nouveau chef, c’est peut-être parce que j’ai encore sur le cœur la cicatrice des vieux nouveaux chefs du PQ qui n’ont rien fait.

Donc voilà. Ce n’est pas Noël. Ni même le Noël du campeur. Mais je me permets d’adresser cette petite liste de Noël à notre nouveau sauveur.

  • N’arrêtez pas de parler de pays, M. Péladeau. Vous avez été élu chef du Parti Québécois en en parlant. Vous pouvez être élu premier ministre de la même manière si vous faites les choses comme il faut. S’il vous plaît, ne chokez pas. Si vous jouez vos cartes comme il le faut les gens se rallieront d’eux-mêmes.
  • Il y a des gens qui refuseront de se rallier. C’est pour ça que je réclame haut et fort une réforme du mode de scrutin. La division du vote n’est pas obligatoirement une fatalité.
  • Si vous n’utilisez pas les ressources de votre organisation pour faire la promotion de l’indépendance, vous n’avez rien à faire là. Un engagement, ce n’est pas forcément un deadline. C’est un effort. Je veux voir de l’effort de votre part, M. Péladeau. Et je veux vous voir parler d’indépendance hors de la course à la chefferie. Cet été, genre, ça serait pas pire. Et pas juste devant le clergé. Allez voir les gens d’affaires et expliquez leur comment ils seraient plus riches en étant indépendants.
  • Il y a des gens qui pensent que le Québec doit être plus riche avant de penser être indépendant, or la dépendance nous appauvrit. Montrez-leur qu’ils ont tort.
  • Montrez-nous une réelle volonté de coalition des indépendantistes. Rejoignez les autres à mi-chemin. En ce moment vous détruisez leur crédibilité; c’est une stratégie en soi, mais ça n’est guère rassembleur. Si vous voulez une réelle unité, montrez-le. Pour vrai.
  • Pitié. Ne sombrez pas dans le piège de la gouvernance provinciale. Et si vous devez polariser le Québec autour d’un projet controversé, faites que ça soit l’indépendance, et non pas une charte quelconque.

Si vous voulez passer à la maison pour du lait et des biscuits, y’a pas de problèmes, je vais vous en faire. Je n’ai pas de cheminée mais je peux laisser une fenêtre ouverte.

Autrement, je préfère m’épargner d’avance une autre amère déception.