Juge mon pissenlit

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Le premier ministre Jean Charest

Le texte que vous vous apprêtez à lire verse dans l’autobiographie. J’espère que vous me le pardonnerez.

C’est l’histoire d’Alex. Alex venait d’avoir 17 ans quand le Parti libéral de Jean Charest a arraché le pouvoir des mains de Bernard Landry. C’était le 14 avril. Alex a beaucoup blâmé Mario Dumont et la division du vote. Et l’UFP. Alex n’aimait pas beaucoup l’UFP. Mais ce n’était pas grave. Landry annonça qu’il gardait le cap, se représenterait, gagnerait les élections et ferait du Québec un pays. Alex pensait que c’était un bon plan: un contretemps de quatre ans durant lesquelles les forces souverainistes pourraient se ravitailler pour reprendre l’assaut de plus belle. Les jeunes auraient bientôt le droit de voter, ça sera la liberté politique assurée. Durant la grève étudiante du printemps 2005, Landry était apparu à la télévision accompagné de Pauline Marois, tous deux portant le carré rouge. Mais l’opposition, c’est lassant à la longue, et le vieux chef finit par laisser sa place à un plus jeune chef. Le reste de l’histoire on la connait: le jeune chef ne réussit qu’à se faire couler à la troisième place. On tente de remplacer le jeune chef en sortant Pauline Marois de sa retraite; celle-ci ne réussit qu’à récupérer la deuxième place, alors que les libéraux récupèrent leur majorité.

Les illusions naïves de notre pauvre Alex ont la vie longue. Ça ne pourra pas toujours ne pas arriver! Mais en 2011, le Bloc Québécois s’effondre et tout espoir semble avoir disparu.

Quelques mois plus tard, les députés du Parti Québécois amènent un projet audacieux: appuyer le maire de Québec, Régis Labeaume, en finançant la construction d’un couteux amphithéâtre.  La chicane pogne et un quatuor de députés prennent la porte. Parmi ceux-ci, l’un d’entre eux, Jean-Martin Aussant, affirme qu’il n’est pas parti à cause de l’amphithéâtre mais plutôt parce que Pauline Marois ne semble pas vraiment vouloir convaincre les gens de la nécessité absolue de faire un pays. Rétroactivement, on constate que les péquistes de l’époque étaient plus proche qu’on le pense de l’idéologie hamadienne selon laquelle les gens de Québec préfèreraient avoir une équipe de hockey plutôt qu’un pays.

Rendu à cette époque-là, Alex est cynique et grognon. Il en veut déjà un peu à Québec Solidaire de diviser le vote souverainiste (ce n’était pas encore à la mode de dire « indépendantiste », c’est arrivé plus tard, ça). Si en plus les gens qui ont les priorités à la bonne place partent… Pire du pire, Aussant a l’idée farfelue de fonder un nouveau parti politique. Un parti! Dans un système politique qui en supportait déjà mal trois du temps de Mario Dumont, puis quatre après l’élection d’Amir Khadir dans Mercier… Pour un pressé, Aussant semble pas mal pressé de diviser le vote!

Alex était bien malheureux. Le mandat de Jean Charest tirait à sa fin et aucun bon scénario ne s’amorçait à l’horizon. Le reste de la population sombrait aussi dans le mécontentement… la tension montait depuis la fin 2010: manifestations et occupations devenaient routine. Les photos de matraques et de poubelles en feu abondaient de partout et les fameux carrés rouges sont ressortis, cette fois au son des casseroles. Il semblait urgent de changer le gouvernement, mais quelle était la meilleure option? Alex se préparait, tout comme en 2007 et en 2008, à voter pour le Parti Québécois, mais cette fois par dépit.

C’est cave de fonder tous tes espoirs sur un pissenlit

Il y a une belle scène dans la saison 5 de la série Fringe (vous me direz que la saison 5 de Fringe n’était pas encore sortie à ce moment-là et vous aurez raison…) où tout espoir semble avoir disparu. Mais au milieu des décombres, le bon Walter Bishop trouve un vieux mixtape de musique des années 80 et un pissenlit, vraiment, un maudit pissenlit niaiseux qui pousse à travers le ciment. Les Cowboys Fringants avaient la même image dans une de leurs vieilles tounes. C’est cave de fonder tous tes espoirs sur un pissenlit, mais quand t’as pas grand chose, tu fais avec ce que t’as.

publication magique
Tout d’un coup, cette image là m’est arrivée en pleine face.

 

Mon pissenlit à moi, ça a été une publication Facebook. J’ai fait la même face que quand tu cherches tes lunettes pendant dix minutes pour te rendre compte qu’elles sont sur ta tête depuis le début. Je suis resté là à regarder cette image-là comme un épais pendant je ne sais pas trop combien de temps. Elle est même pas belle, l’image. Une photo laide de l’Hôtel du Parlement avec du texte mal aligné. Mais elle m’a fait comprendre que ça ne sert à rien de vouloir changer de gouvernement sans changer le système pourri qui l’a mis en place. J’ai compris à ce moment-là que la pauvre gang que j’accusais de diviser le vote, c’est pas juste une gang qui propose eux aussi un pays, en plus d’un monorail et de l’université grétisse. C’est des gens qui veulent réparer en profondeur nos instances démocratiques.

J’ai eu comme une p’tite émotion. J’ai pris ma carte de membre. L’image valait bien 10$.

Parce que les élections à date fixe, me semble que c’était une évidence. Tu ne peux pas avoir une compétition équitable si la personne qui détient le titre décide des règles du jeu. Ça subordonne la démocratie à l’électoralisme. Pareil pour le système de financement qui, forcément, donne plus de pouvoir aux partis qui avantagent ceux qui ont les moyens de donner. Les mandats d’initiative populaire, c’est aussi très hot. C’est comme des pétitions qui marchent pour vrai. Franchement, est-ce qu’il y a un moment dans la vie où tu te sens plus impuissant que quand tu signes une pétition? À moins que ton but soit d’écrire ton nom au fond du bac à recyclage d’un ministre… Et le poste de lieutenant-gouverneur, sérieusement… Je n’ai pas besoin de ça pour me rappeler que je suis sujet de la reine Elizabeth II, et ce bien malgré moi. En plus faudrait que je paye son laquais avec mes impôts? (Oui, je sais, je suis étudiant gradué et je ne paye pas une cenne d’impôts. Mais dans ce temps-là j’étais professionnel et je payais pas mal le tarif « famille classe moyenne » à moi tout seul.)

Et puis il y avait la question d’une composante proportionnelle au scrutin. LA question.

Du problème de mettre les mauvaises fesses au mauvais endroit

De 2003 à 2007, le gouvernement Charest contrôlait 60,8% des sièges de l’Assemblée nationale avec 45,99% des voix. Il a répété l’exercice de 2008 à 2012 en s’enfournant 52,8% des sièges avec 42,08% des voix. Le pouvoir législatif et exécutif absolu entre les mains d’un parti qui n’a même pas reçu l’appui de la majorité des votants.

On connaît la suite de l’histoire. On aurait pu l’écrire à l’avance. Parce qu’on s’est contentés de soigner le symptôme, pas le problème. Propulsés par la crise sociale, on a réussi à timidement remplacer les libéraux de Charest par les péquistes de Marois (43,2% des sièges avec 31,95% des voix). Un an et demi plus tard, ils reviennent sous le règne d’un nouveau chef. Le nouveau premier ministre est aussi nocif que Charest, mais n’a même pas le mérite d’être habile, malin ou même charismatique. Et son gouvernement contrôle 56% des sièges avec 41,52% des votes.

Il faut changer ça.

Je dis ça parce que je veux que le Québec devienne un pays, bien sûr. Mais même si je ne le voulais pas, je dirais la même chose. Notre système met dans les mains des représentants d’une minorité le pouvoir de la majorité. Il assoit dans des fauteuils luxueux et décisionnels des fessiers pour lesquels on n’a pas voté.

Je ne pense pas qu’à Option nationale quand je pense aux milliers de voix bâillonnées. Je pense à Québec Solidaire, hors de l’île de Montréal. Je pense au Parti Vert et à ceux qui sont neutres par rapport au reste mais qui souhaitent un peu plus de prudence en matière d’environnement. Je pense aux marginaux de droite qui ne se reconnaissent pas dans les partis au pouvoir: le Parti conservateur du Québec et l’Équipe autonomiste. Je pense aux communautés linguistiques qui aimeraient peut-être mieux prendre part à la vie démocratique.

La politique québécoise a été parodiée dans une mini-série qui s’appelle Si la tendance se maintient. Dans cette série, le parti de l’Union d’extrême centre rivalise contre l’Action sociale modérée. C’est ce que notre système produit: deux entités génériques qui sont devenues tellement informes qu’elles en sont venues à se ressembler. La seule différence, dans la vraie vie, c’est que l’une d’elle a par le passé voulu faire un pays tandis que l’autre s’y est opposée.

Si on veut arriver à produire du changement durable, à récupérer l’intérêt du peuple pour les affaires publiques et surtout mettre fin à l’absurdité et au cynisme, il faut faire en sorte que les électeurs, et je m’inclus là dedans, n’aient pas l’impression de garocher leur vote aux vidanges.

C’est à ce genre de choses là que je pensais en fixant d’un air béat une photo laide du Parlement et son morceau de texte mal aligné.

Ça ne sera pas facile d’obtenir ça. Fernand Courchesne s’est farci le Québec à vélo pour informer les gens et faire signer une pétition. La pétition a fini aux vidanges. Parce que le ministre est « peu emballé ». Sans mauvais jeu de mots, un ministre qui sacre des pétitions aux vidanges parce qu’il est « peu emballé », c’est vraiment pas un cadeau.

Mais c’est un changement qui est nécessaire et si on ne l’exige pas, le cirque va se répéter en 2018, puis en 2022, et en 2026. Le train du cynisme ne prendra pas une minute de retard.

Ça dépend de nous.

 

P.S. Avez-vous vu la transition de la troisième à la première personne? C’était plutôt malin, non?

Juge mon administration

Trouvaille de Frédéric Chrétien, via Impact Campus.
Trouvaille de Frédéric Chrétien, via Impact Campus, sur le site du cours de droit de l’administration publique.

Ce serait faux de croire que les étudiants de l’Université Laval ne croient en aucune cause.

Ce n’est pas parce qu’ils rejettent les associations étudiantes nationales, les mouvements de grève et refusent même de financer leurs médias étudiants qu’ils n’ont pas de coeur. On pourrait croire que parce qu’ils ont refusé d’investir dans l’avenir de leur campus étudiant, et notamment dans un projet de halte-garderie pour permettre à leurs pairs d’avoir un peu de répit pour étudier, qu’ils ne croient en rien.

À Montréal, on est prêt à faire des compromis sur ses études pour combattre les politiques d’austérité. À Québec, on est prêt à faire des compris sur ses études pour suivre le hockey… de Montréal.

Les étudiants de l’Université Laval ont une cause à coeur. Go Habs go!