Juge mon pétage de coche contre des PDG colons

On les voit à la télé, les grands patrons des grandes corporations québécoises. Une ribambelle de mandarins entrepreneurs qui s’affichent aux nouvelles en HD pour crier qu’ils ont honte, honte d’être Québécois, honte d’être “sur le B.S.”, honte de vivre au crochet des autres provinces. On touche de la péréquation! Quelle honte! Quelle saleté! Faut vraiment être des Québécois: des assistés sociaux professionnels versés dans l’art de boire de la Laurentide en criant qu’y fait frette.

Et on les écoute. Les sages ont parlé.

Sauf que de leurs bouches y’a juste de la marde qui sort. Presque littéralement. Des excréments. Des vidanges.

Je vous gage que y’en a aucun dans le tas qui pourrait vous expliquer c’est quoi la péréquation.

C’est la même maudite stratégie alarmiste qui se répète, qu’on nous sert depuis le début de l’obsession du déficit zéro. Le Québec n’est pas en crise. L’IEDM, Lucien Bouchard et le Parti libéral vont vous faire peur, vous dire qu’on va perdre nos maisons pis nos foyers. Qu’on est trop endettés, trop lâches, trop pauvres, qu’on est pas capables de se gérer, qu’on est un petit peuple de morons. Pis que l’austérité c’est la voie à suivre. Après tout, ça semble avoir bien marché pour les Grecs! (Nope. Nope.)

Pis nous, les caves, on va gober ça comme si c’était la parole du Frère André.

Nous ne sommes pas pauvres.

Nous ne sommes même pas endettés tant que ça, toute chose mise en perspective.

La péréquation est une compensation pour les choix économiques d’Ottawa et sert à aplanir les inégalités à l’intérieur de la fédération canadienne.

La péréquation n’est RIEN en comparaison du magot que l’on perd à rester au Canada.

Nos actifs collectifs font notre force sociale et économique.

Ces gens là sont des abrutis qui devraient continuer de gérer leurs business en silence pis éviter de se mêler de ce qui les concerne pas.

Comme si le 1% avait besoin d’une bouche de plus à la TV…

Je vais vous dire ce qu’auraient dû dire des investisseurs, des entrepreneurs, des haut-cadres dignes de ce nom.

Ils auraient dû vous dire qu’on est toujours mieux servis par nous-mêmes. Ils auraient dû vous dire que le véritable succès c’est de ne pas dépendre d’autrui, de prendre nos décisions pour nous-mêmes. Ils auraient dû vous dire que nous sommes un peuple riche en savoir-faire, en ressources et en ingéniosité. Parce que c’est vrai. Et que c’est par cette richesse qu’ils ont fait fortune.

Le gars qui vient de vous traiter de peuple de B.S. emploie des étudiants au salaire minimum et les fait travailler huit heures d’affilée sans break pour s’asseoir. Il fait fortune en vous vendant des chips. Il est contre la gratuité scolaire parce que ça lui ferait perdre son opportunité de cheap labor.

En fait il aime ça des B.S. qui boivent de la bière pis achètent de la loterie. C’est comme ça qu’il s’engraisse sur votre dos.

Nous sommes les Québécois. Nous sommes fiers, riches, créatifs et travaillants et il faudrait que quelqu’un aille dire au gars des vues d’arrêter de donner une tribune à des bouches pleines de marde qui voudraient nous faire croire le contraire.

Merci. Je me sens mieux maintenant.

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Juge ma postmodernité

Dans un texte publié dans le Huffington Post et garni de signes de ponctuations en guise de mots méchants, Jérôme Lévesque-Boucher de CHYZ 94,3 FM a crié – que dis-je, hurlé – sa hargne et sa rage contre son iPhone et contre toute forme de téléphones intelligents. Pourquoi? Parce que son téléphone l’a réveillé de bonne heure le matin. À l’heure des poules et des dessins animés pour enfant. Avant l’heure d’ouverture du Maxi. Pendant Salut Bonjour. À l’entendre, on pourrait croire que les iPhones sont une conspiration de Gino Chouinard.

Je vais vous révéler mon secret. Mon truc pour bien vivre avec la technologie. Quand je dors, mon iPhone est en mode “silencieux”. C’est vraiment pas pire, le mode “silencieux”. C’est exactement comme le mode normal, mais “silencieux”. Même que si tu veux, tu peux enlever la vibration. Ça c’est comme le mode “silencieux” normal, mais en plus de ne pas faire de bruit, ça ne vibre pas non plus. Vous savez qu’est-ce que je ne prends pas le temps de mettre en mode “silencieux” quand je vais dormir? Mon téléphone à ligne fixe. Parce que c’est un artéfact que j’oublie, que j’ignore, que je n’utilise pas… jusqu’à ce que Québec Loisir m’appelle dessus à 8h le matin parce qu’on a le malheur d’être dans le bottin de téléphone. Chez les téléphones comme chez les humains, t’as pas besoin d’être intelligent pour faire chier le monde.

Jérôme continue sa plaidoirie.

Je m’explique: à part être une laisse tirée par des gens qui ne veulent pas vraiment te parler, mais qui veulent seulement se mêler de ta vie parce qu’il n’y a rien de bon à ti’vi, un téléphone intelligent, ça sert à quoi?”

Bon. Primo, les gens peuvent se mêler de ta vie même si t’as pas de téléphone intelligent. Le candidat de la CAQ qui nous a montré la topographie de son fessier, il avait pas besoin de iPhone pour faire ça. L’ordi de la bibliothèque et un appareil photo numérique faisaient la même chose. Secondo, le iPhone a un bouton “off”. Tertio, le iPhone ne vient pas built-in avec Facebook installé. La machine est un outil. C’est les individus qui se laissent dicter tout croche la façon de s’en servir.

J’ai un ami qui a repartagé candidement ce texte en disant “c’est pour ça que je garde mon vieux Blackberry en caoutchouc!” Sam, je te l’ai dit sur Facebook et je te le redis ici: le maudit clavier physique de ton hostie de Blackberry en caoutchouc fait que tu me pocketcall à toutes les maudites heures du jour et de la nuit. Les faux-appels que tu m’envoie à toutes les semaines sont probablement la feature la plus désagréable de mon iPhone, à part peut-être la facture.

Mais je ne juge ni Jérôme, ni Sam.

C’est normal d’être contre un phénomène social. Une transformation à grande échelle des habitudes de consommation et de communication, c’est inquiétant. La disparition progressive de la carte routière, de l’appareil photo, du téléphone public et l’avènement des conversations asynchrones et des plans de soirée ad hoc peuvent inquiéter des gens.

Comme les gens qui sont terrifiés par le cloud. Je sais, en français on doit dire “info-nuagique” ou “informatique nébuleuse”, mais fuck-off, j’appelle ça le cloud. Y’a des gens qui ont peur du cloud comme on a eu peur des guichets automatiques. “Ne mettez jamais vos informations dans le cloud! Des grandes corporations malicieuses vont vous analyser?”

Dude. Ta carte de guichet est analyse. Ton programme de récompenses Air Miles est analysé. C’est une question de temps avec que nos déplacements en voiture soit analysés. Pis sincèrement, oui y’a un cravaté quelque part qui fait la piasse avec ça, mais le préjudice personnel il est où?

Arrive à l’évidence: tes informations personnelles n’intéressent pers-fucking-sonne. Tu fais juste partie d’un truc qui s’appelle le Big Data, et sais-tu quoi? Le Big Data il va exister avec ou sans toi. Sérieusement, j’ai pas trop de stress à mettre mes travaux de maîtrise sur Dropbox. J’ai pas trop peur au vol de propriété intellectuelle.

Pis au pire si c’était le cas? Encrypte ta shit. Fais tes devoirs. C’est pas dur. C’est aussi facile que de s’acheter un protège-carte de crédit en plomb. Ou un collier en bois de noisetier avec la photo de Marcel Leboeuf dessus. Pis sais-tu quoi? Dans les trois cas, t’as l’air tout aussi jambon.

L’art postmoderne et la pensée sociale postmoderne sont toutes deux marquées par une rupture avec la notion de progrès, un scepticisme envers la technologie et une surévaluation de l’importance du soi. “Éloignez de moi cet accessoire technologique qui me dénature et fait de moi un être vide et décharné! Débranchez-moi de la Matrice à l’instant!”

J’ai des ptites nouvelles pour vous.

La Matrice se sacre complètement de vous.

Jouez votre show unplugged si ça vous tente, mais venez pas chigner si y’a personne à votre fête.

P.S.: Si tes amis sont obligés de tout prévoir à l’avance à la minute près et ne peuvent pas déroger de leurs plans parce que t’es la seule personne à pas avoir accès à un réseau on-the-go, ben tu ralentis le groupe. Ça fait pas de toi une mauvaise personne, mais sois reconnaissant que tes amis endurent ça.

P.P.S.: C’est correct de refuser de payer cher pour un service qui te rendra pas heureux, pour une bebelle que tu veux pas ou parce que tu penses être électrosensible ou que tu veux pas que le fantôme de Steve Jobs lise tes textos cochons. On s’en fout de tes raisons. Tes choix c’est tes choix, t’es juste pas obligé de les brandir comme un drapeau.

P.P.P.S.: Sam arrête de me pocketcaller la nuit.

P.P.P.P.S.: Non, Québec Loisir, je n’achèterai pas d’abonnement à votre club de merde.

P.P.P.P.P.S.: J’ai rien contre toi, Jérôme Lévesque-Boucher. Je te connais pas, mais t’as l’air d’être un gars qui aime les chiens, et j’ai beaucoup de respect pour ça.

P.P.P.P.P.P.S.: Mais si t’as vraiment eu l’idée de prendre en photo le tas de ton chien, c’est que t’es un peu weird.

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Juge mon carême

Oui. Je vais parler de météo. Fuck le Navet.

C’était déjà pas facile. Un lendemain d’élection (je tiens toujours ma promesse de ne pas en parler davantage) c’est toujours comme l’arrière-goût amer à la fin d’un party et cette année, l’hiver a été fuck long. Dans un pâle soleil, les humains sont sortis de leurs cavernes pour goûter un peu, le temps d’un instant, à la vie enfin retrouvée.

Moi à la fin de la campagne électorale. Remarquez ma coiffure, pas si différente de l’accoutumée.

Pis là on est repartis pour un tour. C’est joli, pourtant. Les neiges de fin de printemps ont des allures de neiges de décembre, quand on chante Noël à Jérusalem dans la file d’un magasin à grande surface et qu’on pense avec envie au sucre à la crème, au ragoût de boulettes, à la tourtière et au feu de foyer qui crépite pas trop loin de l’arbre décoré.

Mais là, ça ne le fait pas. Le paysage sonne comme un vieux 33 tours de Nina Simone qui serait jammé sur “Little Girl Blue”. À une semaine de Pâques, c’est probablement légitime que le temps aille une face de carême mais j’ose croire que c’est tout aussi légitime d’en avoir plein le crucifix.

Si je parle de météo c’est que j’ai pas envie de parler d’élections (et en plus j’ai promis) mais aujourd’hui ça revient pas mal au même. On sait qu’un jour ça ira mieux; mais quand on regarde par la fenêtre on n’arrive plus à y croire, même en essayant très fort. Y fait frette pis y reste même plus de bois pour le foyer.

Vous me direz que la différence entre la politique et la météo c’est que la météo on la subit; on ne la fait pas. J’aimerais croire que c’est vrai; mais au bout de mes années d’implications, je sais qu’on votera l’an prochain pour un gouvernement fédéral qui ne nous représentera pas (le Québec a montré en 2011 que son influence se limite au choix de l’opposition officielle) et lundi dernier on a découvert que les Québécois votent comme des brebis désorientées. Oups. J’avais promis. L’hiver est long, fuck long, en fait je pense que Vignault avait raison, j’ai vécu dans l’hiver toute ma vie et c’est pas mal juste ça qui me tient lieu de pays.

Je crois au courage pis aux licornes pis aux lendemains heureux… d’habitude. Mais aujourd’hui même l’optimisme goûte la Labatt 50.

Y nous reste plus qu’à aller pelleter. On en a pour au moins quatre ans.

Fuck, j’avais promis. Tant pis.

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Juge mon refus

Non, je n’écrirai pas sur le résultat des élections.

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Juge mon intervention

Si j’étais Rabii Rammal j’intitulerais ce billet “Cher gars qui a fait mine de te garocher devant un camion au milieu d’une nuit frette de janvier”.  Mais je m’appelle pas Rabii, je m’appelle Alex et anyway je sais pas trop qui t’es alors j’ai aucune raison d’espérer que tu liras en entier cette lettre que je t’adresse.

Y faisait frette. Tellement frette. Une nuit de janvier en pleine vague de froid. Les rues désertes. Même les ivrognes étaient déjà bien au chaud. Sauf toi.

Moi j’étais sobre et passablement pressé de rentrer. Toi, t’étais salement chaud. Ça se sentait. Jeune aussi. Trop jeune pour être si ivre tout seul quand il fait si froid. Merde, je sais même pas si t’étais majeur. Et t’avais la face d’un gars qui a pleuré. Beaucoup.

Tu m’as hélé. Pour me demander si ma vie avait un sens. Si j’avais l’impression de servir à quelque chose. Le son de ta voix a levé tous les drapeaux rouges possibles dans mon esprit.

Tu m’as dit de t’ignorer, que t’étais juste un saoulon, idiot de surcroit. Je t’ai pas ignoré. On a marché. On allait dans la même direction.

Je t’ai parlé de moi pour que tu te sente à l’aise de te parler de toi. Pendant qu’on marchait et que tu me décrivais les cauchemars qu’il y a dans ton passé, je me retenais pour pas hurler.

Quand tu m’as expliqué que des fois tu pensais à mourir, tu as fait mine de te crisser devant un camion. Je sais pas si tu l’aurais fait pour vrai. Mon bras a été plus rapide que mon cerveau. Quand je t’ai tiré sur le trottoir, tu es tombé et tu t’es mis à rire. J’ai jamais entendu un rire plus sinistre que ça de ma vie.

Arrivés devant mon bloc je t’ai offert de rentrer pour un café mais t’as pas voulu. Tu as dis que tu avais besoin de sommeil. Je t’ai cru. On est restés quand même là plus d’une demi-heure.

T’arrêtais pas de me demander comment j’allais. Ce que je voulais faire dans la vie. Tu m’as conseillé de changer le monde. De vivre fort. De briller comme une flamme. T’étais tellement habitué de vivre pour les autres au dépit de toi-même que même en détresse t’étais pas capable de t’arrêter pour parler juste de toi. Pis tout le mal que tu disais de toi… J’espère que tu m’as cru quand je t’ai dit que c’était de la bullshit. Je sais reconnaître un cave et un bon à rien. Toi, t’en es pas un.

Avant de partir tu m’as fait promettre de vivre une vie pleine de sens et d’en faire ce que je veux. Je t’ai dit que ce serait seulement à condition que tu promette toi aussi. T’as hésité. J’ai insisté. T’as promis. Tes yeux avaient l’air sincères, j’espère qu’ils m’ont pas menti.

Je t’ai aussi donné mon numéro et je t’ai fait promettre de m’appeler si ça allait pas. T’as rien dit mais tu l’as mis dans ta poche. T’as pas voulu me donner le tien.

Je suis pas Michel Barrette. Y’a pas de mode d’emploi pour rencontre spontanée avec un type qui souffre au dessus d’un viaduc à trois heures du matin quand il fait moins mille Celcius. Je pense que j’ai pas pire fait ça. Je suis pas sûr.

En luttant pour trouver le sommeil j’avais encore en tête le son grinçant de ton rire désoeuvré quand tu es tombé sur le trottoir.

Aujourd’hui, j’espère seulement que t’es encore en vie.

Si par le plus grand des hasards tu lis ceci, ben lâche un call. L’invitation est toujours là.

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