Juge mon peut-être

Péquistes, on doit se parler.

J’admire votre ténacité. J’admire votre loyauté à un parti qui, admettons-le, a connu des plus beaux jours. Stoïques, vous attendez la fin de l’hiver en espérant que le printemps soit doux et l’été radieux. Je peux respecter ça, même si j’ai du mal à croire aux vertus de l’attente.

Mais ce que j’admire le plus, c’est la fougue avec laquelle vous essayez de nous faire croire que le Parti québécois est encore sur le chemin de l’indépendance du Québec. Que le Parti québécois est encore le meilleur véhicule pour réaliser l’indépendance du Québec.

Examinons un instant la position des candidats à la chefferie du Parti québécois.

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Source: Le Devoir

Mis sous forme de tableau, ça n’est vraiment pas un portrait invitant. Une coutrtepointe de « si peut-être lorsque alors sinon » aux échéanciers tellement vastes que le PQ a le temps de changer trois fois de chef d’ici là.

Cloutier, Hivon et Lisée posent chacun deux conditions à l’indépendance (une élection et une incertitude pour Cloutier et Hivon, deux élections pour Lisée), ce qui signifie, toute choses étant égales par ailleurs, qu’il existe un scénario sur quatre dans lesquels ces candidat-e-s s’engageraient réellement dans une démarche d’accession à l’indépendance. Pour St-Pierre Plamondon, on rajoute une inconnue (la mobilisation démocratique suffisante), ce qui fait passer la démarche indépendantiste de PSPP à un cas de figure sur huit.

En ce moment, l’enthousiasme médiatique autour des candidatures va comme suit: moins un candidat s’engage à faire l’indépendance à court terme, plus ses idées sont traitées avec enthousiasme par la machine de l’opinion publique. PSPP, actuellement bien en lice pour le prix honorifique de l’enfant chéri des idéologues à deux balles, est aussi celui qui brandit la « mécanique référendaire » (quelle expression horrible) la moins convaincante et surtout la moins susceptible de donner des résultats. À l’inverse, la démarche indépendantiste la plus claire et assumée, celle de Martine Ouellet, est traitée par l’appareil médiatique comme une drôle de curiosité.

Mais la tragédie ici, c’est que pendant que Le Devoir hiérarchise des engagements accordés au conditionnel futur sous forme de tableau gris, les projecteurs restent bien braqués sur la mécanique et les échéanciers et personne ne parle plus du projet derrière le calendrier. La république du Québec. Notre pays, le projet collectif de toutes les nations qui vivent sur le territoire du Québec. Un pays francophone, démocratique, transparent, écologique et durable; une autorité mondiale de par son ingéniosité, ses prouesses scientifiques, ses athlètes admirables, sa culture foisonnante. Un pays qui aurait été créé non pas seulement par les fameux « Québécois de souche » mais également par ceux et celles qui étaient là avant, et ceux et celles qui sont venus après. Nous avons tout ce qu’il faut pour réaliser ce projet. C’est celui-ci que nous devons mettre en valeur pour enthousiasmer la population; pas des calendriers qui servent à planifier l’incertitude.

Et de grâce, chers amis péquistes, n’applaudissez pas un candidat, qui, comme Jean-François Lisée, brandira fièrement la promesse de ne pas utiliser les fonds publics pour faire la promotion de l’indépendance. C’est la dernière chose dont nous avons de besoin: demander à prendre le pouvoir en s’engageant à ne pas travailler à faire l’indépendance. Si mes mots ne sont pas suffisants, voici ceux de Jacques Parizeau, en 2013:

« Ça fait 15 ans que j’entends les chefs successifs du PQ au pouvoir dire : on ne va pas utiliser les fonds publics pour promouvoir la souveraineté ; or, si vous ne voulez pas utiliser les fonds publics pour promouvoir la souveraineté, pourquoi êtes-vous là ? »

À bientôt, amis péquistes. Appelez-moi le jour où vous voudrez faire un pays. Jour ou nuit, en fait. Je suis toujours partant pour ça. Mais ne m’appelez pas avant, je vais être de mauvaise humeur et peut-être vous raccrocher au nez.

 

Juge mon empressement

Les indépendantistes sont divisés sur un paquet de chose: mode d’accession à l’indépendance, pluriculturalisme, laïcité, modèle d’État et j’en passe. Dans l’oeil des médias, ils sont aussi divisés sur la question de l’empressement. Plusieurs politiciens ont été à tort ou à raison qualifiés de pressés; même François Legault a déjà eu sa carte du club des pressés.

Cette fois-ci, c’est au sein des rangs bloquistes que la guerre de l’empressement fait rage.

Louis Plamondon, confortablement juché au sommet de son dixième mandat, prétend qu’il n’y a pas péril en la demeure et que la course peut bien attendre. Pour défendre son cas, il cite l’exemple de Thomas Mulcair, tombé en disgrâce malgré une présence aux Communes en tant que chef. Ce que Plamondon ne dit pas, c’est que la débandade des néodémocrates vient probablement d’avoir voulu jouer aux conservateurs en présentant un programme budgétaire austère et en tenant constamment un double discours au sujet d’enjeux fondamentaux.

Cette fois-ci, c’est Xavier Barsalou-Duval qui représente le club des pressés. Celui-ci pense plutôt que la course devrait avoir lieu plus tôt que tard, afin d’éviter de mettre un éventuel chef dans la même situation que Mario Beaulieu, qui n’a eu qu’un an et demi pour se faire connaître du grand public.

 

Un parti de rois mages ?

L’attitude de Louis Plamondon est dangereuse. Le Bloc a enfin repris un peu de poil de la bête et doit immédiatement prendre les moyens qu’il faut de réaliser sa mission: faire du Québec un pays. Le dernier chef élu du Bloc n’a pas eu le temps qu’il fallait pour mettre sa notoriété en place. On a réclamé sa tête et on a été forcés à se dépoussiérer un messie, en l’occurrence Gilles Duceppe.

À en croire Plamondon, c’est la recette qu’il faut reproduire. Attendre que l’eau soit chaude, paniquer, et attendre qu’un messie nous tombe du ciel pour gagner l’élection comme par magie. C’est un disque qui commence à être usé. Le Parti Québécois nous l’a montré, une course à la direction c’est long et c’est sale. Rien ne divise autant les forces vives du parti qu’une course à l’interne. Il faut de toute urgence gérer cela afin de laisser au nouveau chef le temps de mettre sa réputation en place et de permettre aux militants de faire la paix entre eux.

Je concède le point aux représentants du club des pressés. Le Bloc Québécois n’a aucun avantage à retarder sa course à la chefferie. Louis Plamondon est peut-être bien confortable à Ottawa, mais les Québécois, eux, ne sont pas confortables dans le Canada. Je veux voir à la tête du Bloc un chef qui prendra les moyens qu’il faut pour nous aider à s’en sortir.