Juge mon 2018

Il reste un dernier shift de 8 heures à l’année 2018. Ensuite elle punch-out de son dernier shift et on lui donne son 4%.

Parce que cette année les gens se sentent pas mal l’esprit rétrospectif, j’ai le goût d’y aller, moi aussi, avec ma petite liste des choses dont je vais me rappeler en 2018.

1er janvier 2018
Option nationale fusionne avec Québec solidaire, clôturant un épisode de quatre ans et demi de militantisme qu’on pourrait qualifier d’intensif.

18 janvier 2018
Pour Paul St-Pierre-Plamondon, le plan est clair. Sol Zanetti se présentera dans Jean-Lesage pour diviser le vote et faire élire un libéral. Une stratégie qui marquera l’histoire.

31 janvier 2018
Le chic bar Le Temps Partiel ferme ses portes définitivement. Les plaies sont encore vives.

1er février 2018
Gaetan Barette invite les infirmières à se montrer plus positives. Je n’ai rien à dire sur le sujet.

6 février 2018
SpaceX fait presque atterir les composantes de sa fusée réutilisable FalconHeavy sur des barges et envoie une Tesla en direction de la planète Mars dans une démonstration de science épique digne de la course à la Lune.

8 février 2018
Sortie de l’expansion Rise and Fall pour Civilization VI. Les heures de jeu qui y seront englouties correspondent environ à la productivité moyenne d’un petit pays.

23 février 2018
Afin de jouer à des jeux vidéos avec la ferveur d’un goblin attaquant un morceau de viande de cheval, j’ai entrepris de réparer la carte graphique de mon ordinateur avec comme seuls outils un x-acto et du tape électrique. La réparation tiendra environ jusqu’en août.

3 mars 2018
On me traîne presque malgré moi dans un gala de lutte de la NSPW. Cela deviendra une passion difficile à endiguer.

6 mars 2018
L’Université de Montréal demande une injonction pour empêcher les étudiants de comparer l’administration aux Joyeux naufragés.

30 mars 2018
– In a world too often governed by corruption and arrogance, it can be difficult to stay true to one’s philosophical and literary principles.
– We wholeheartedly agree.
– All decent people do.

6 mai 2018
Une quarantaine de jeunes Attikameks fréquentant la même école commettent de graves gestes d’automutilation. Personne ne cherche trop trop à savoir pourquoi.

7 mai 2018
Le tiers des Canadiens n’a pas de but dans la vie.

7 juin 2018
Guy Mongrain quitte la Poule aux oeufs d’or

19 juillet 2018
Un imbroglio à l’épicerie donne lieu au concombre-gate, un épisode triste dans lequel mes abonnés Facebook remettent en doute ma capacité à différencier cocombre et zucchini.

Photo de Alex Boutet.

10 août 2018
Cédant à la pression populaire, j’ai aussi fait le jeu des 10 images de films.

1er septembre 2018
Ma famille et moi arrivons à Old Orchard Beach avec maillots de bains, crème solaire et alcool payé hors-taxe, seulement pour découvrir que l’ensemble de l’écosystème marin était en train de mourir décomposé sur la plage. C’est aussi ça, 2018.

5 septembre 2018
Un titreur du Devoir a ben de la misère à cacher sa passion pour l’oeuvre de Phillip K. Dick, et qualifie François Legault d’androïde au passage.


Photo de Alex Boutet.

13 septembre 2018
Raymonde Chagnon succède à Muguette Paillé en tant que vieille cynique en chef du Québec. Personne ne se demande si ça aiderait pas au climat ambiant d’arrêter d’empowerer du monde amer devant des millions d’auditeurs.

24 septembre 2018
La température descend sous les 0 degrés Celcius, autorisant l’écoute privée de musique de Noël.

1er octobre 2018
On m’apprend que ce n’est plus de bon goût de faire la blague sur Green Day qui dort. J’arrêterai donc cette tradition.

2 octobre 2018
Un paquet d’hommes blancs bien nantis perdent leur emploi en même temps et personne n’accuse l’immigration.

31 octobre 2018
Une neige au sol persistante tombe sur le Québec, débutant la saison de la musique de Noël assumée.

27 novembre 2018
La population étudiante de l’Université Laval fait collectivement le choix du transport en commun en adoptant le Laissez-passer universitaire de l’AELIÉS et de la CADEUL.

3 décembre 2018
Mon nouveau travail est de sauver le Québec.

31 décembre 2018
Rien à signaler mais la journée est loin d’être finie!

 

Bonne année 2019 tout le monde!

Juge mon grand feu

On est en 2014, pis mon téléphone sonne.

– Que puis-je?
– Hey Alex, tu fais quoi?

J’étais en train de colorier au marqueur sur la carte de Jean-Talon les districts où on pouvait peut-être espérer aller chercher 2-3 votes supplémentaires pour le candidat local, Alexandre Lavallée.

– Pas grand chose, pourquoi?
– Sol s’en va à St-Georges, y va rejoindre Vanessa là-bas, pour faire une annonce, pis y’a juste Jacynthe avec lui. T’aurais tu le temps d’y aller aussi.
– Heu, ouais. Aujourd’hui, ça?
– Dans dix minutes à peu près. Oh, y’a un Valentine en face de chez vous, hein?
– Ouais?
– Peux-tu lui pogner deux steamés pis une patate? Y’aura pas eu le temps de dîner.
– Pas de trouble.

C’est comme ça qu’on faisait à Option nationale. On avait à peine de l’argent pour payer le gaz. Partout où on allait, c’était gossé avec les moyens du bord. Les roll-ups dans le fond du coffre de char avec les caisses de flyers pis un pad de formulaires du DGEQ. Des nuits sur des divans chez les amis qui vivent loin. Des kilomètres et des kilomètres d’autoroute. J’ai découvert mon Québec comme ça, de région en région. On s’est fait traiter de fédéralistes, de traîtres, de pelleteux de nuage. On a rempli des cahiers de signatures à la pluie pendant que les apôtres de la mauvaise foi riaient de nous. On arrivait pas à couvrir assez de terrain, fait qu’on a écrit un livre. On en a distribué 25 000 copies. On a fait le tour du Québec pour le présenter. On a tourné des vidéos, donné des entrevues, fait fâcher CJAD à répétition.

Et puis est venu le moment déchirant où il a fallu décider si on fusionnait. Laisser la marée s’emparer de notre château de sable pour migrer dans celui des amis d’à côté. De nombreuses fois cette année je me suis demandé si c’était la chose à faire.

C’était la chose à faire.

J’ai connu Sol Zanetti et Catherine Dorion quand on carburait juste au courage de dizaines de gaulois un peu crinqués. On se brûlait le corps pis l’âme par les deux bouts pour aller chercher des virgules de pourcent pis se faire gueuler après par Dominic Maurais. Mais cette année, Québec a connu Sol et Catherine avec une légion derrière eux. Une puissante vague d’espoir, de courage et de rêve, des gens ben ordinaires qui se sont écoeurés de se faire dire que c’était pas possible de changer les choses. À force de zigonner après nos voiles le vent a finalement pogné dedans. Ça souffle fort, le vent, quand le temps est à l’orage. Des jeunes, des vieux, des étudiants, des familles, du monde de partout, de tous les métiers, de tous les quartiers. Du monde qui en dedans d’eux avaient le même feu. Godin aurait dit qu’ils ne demandaient qu’à brûler pis y’aurait pas eu tort.

En gang, y’a rien qu’on peut pas faire. Maintenant qu’on l’a prouvé une fois, imaginez ce qu’on pourra faire la prochaine. On va peinturer la carte du Québec orange bord en bord. Ensuite on va la rouler, la mettre dans notre besace, pis aller faire un pays avec.

Évidemment, vous me direz que Sol, Catherine et les huit autres député-e-s solidaires, ça semble pas faire grand chose face aux 74 élu-e-s caquistes. C’est à peine deux de moins que le gouvernement Charest de 2003.  Mais ce serait idiot de ne compter que ces dix là. Il y a nous. Vous. Tous. Parce que la vague puissante qui a fait ce qu’on nous avait promis impossible, elle est toujours là. Nous sommes toujours là. Derrière ces dix député-e-s il y a des gens qui refusent de se faire dicter ce qui est possible ou pas par les épouvantails rongés d’amertume. La mobilisation ne fait que commencer, et François Legault devra se montrer prudent. La rue a coûté le pouvoir à Jean Charest. Je veux bien laisser la chance au coureur, mais chaque fois qu’il le faudra, on s’opposera. La main sur le coeur mais le couteau entre les dents. On vous watch, les caquistes.

On doit continuer à rêver d’un meilleur Québec. On doit continuer à refuser d’accepter les limites arbitraires que les maisons de sondage et les titreurs des journaux nous imposent. On doit rebâtir des ponts avec nos amis péquistes qui doivent être bien meurtris ce soir. Et surtout, on doit continuer à porter bien haut la torche pour que l’indépendance, la justice sociale et la protection de l’environnement ne soient pas que des thèmes abordés à Historia.

Bonne nuit. On recommence à bûcher demain. On a un feu à entretenir, parce que les quatre prochaines années risquent d’être frette en titi.