Juge mon salaire

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On vient de me distribuer un tract pour la campagne 5-10-15 du Collectif pour un Québec sans pauvreté, de la CSN, la CSD, la CSQ et le FDNS. Un message: il nous faut plus que des pinottes. Trois revendications: connaître son horaire 5 jours à l’avance, avoir 10 jours de congés payés en cas de maladie ou de responsabilités familiales, et avoir un salaire minimum de 15$ de l’heure. Ça semble de base, mais c’est loin d’être acquis.

(Modif.: J’ai mentionné 5-10-15 mais je supporte à part égale la campagne 15plus. Le moyen m’importe peu, c’est le résultat qui m’intéresse.)

Impossible de s’en sortir

Le salaire minimum est à 10,75$ de l’heure. Ça veut dire qu’une personne qui travaillerait le maximum d’heures prescrites à temps simple par les normes du travail (40) ferait 718,16$ par période de deux semaines, après impôts et autres déductions.

À peu près 1500$ par mois, donc, pour payer son loyer (on oublie l’hypothèque ici), son épicerie et ses services de base. Selon l’endroit où on vit, il faudra ajouter à ces dépenses les paiements d’une voiture, son entretien, ses plaques. On voudra probablement avoir un téléphone et un accès moindrement décent à Internet. Ce qu’il veut dire qu’une fois de temps en temps, il faut aussi acquérir un ordinateur. Acheter quelques vêtements. Passer à la pharmacie. Le brossage de dents est particulièrement important, parce qu’à ce salaire là, on oublie le dentiste. Imaginez ensuite qu’on ajoute un enfant, ou trois, dans ce mix là. Ou un proche inapte au travail. Ou un conjoint au chômage.

Le salaire minimum est un salaire de survie. Qu’est-ce qu’on fait dans ce temps-là? On prend un deuxième emploi, souvent au noir, pour ramener un deuxième revenu. Uber est particulièrement utile pour ça, si on a une auto. On réduit son loisir et sa liberté pour se maintenir la tête hors de l’eau, et c’est là qu’on perd tout le reste.

On perd le temps de faire de la formation continue pour essayer d’acquérir de nouvelles expertises. On perd le temps d’encadrer l’éducation de ses enfants pour qu’eux-mêmes n’aient pas à revivre la même chose. On perd le temps de faire de l’exercice et de bien manger. On oublie d’aller chez le médecin, surtout quand on n’a pas de médecin de famille et qu’on n’a surtout pas le temps de s’en chercher un.

Pas le temps d’ouvrir un livre

La semaine dernière, on apprenait que la moitié de la population ne serait pas capable de lire un texte compliqué, et qu’un nombre assez alarmant n’était à peu près pas capable de lire tout court. C’est un problème. Un problème pour la société, mais d’abord un problème pour ces gens. Combien d’entre eux travaillent au salaire minimum? Connaissent-ils seulement leurs droits, ces gens qui ne sont pas capables de lire leur contrat de travail?

Ils pourraient probablement aspirer à un meilleur emploi, si seulement ils savaient déchiffrer les instructions et remplir des rapports. Mais comment voulez vous apprendre à lire si vous travaillez 60 heures par semaine pour pouvoir payer les couches et le gruau?

Lettrés ou non, les travailleurs à double-emploi sont des citoyens de seconde classe ignorés par la société. Leur voix devrait avoir la même valeur que la voix de n’importe quel citoyen, mais sérieusement, quel temps ont-ils pour s’informer, débattre, nuancer leurs propos ou même s’impliquer et se commettre sur la place publique? La politique ne s’intéresse pas à ces gens et eux-mêmes n’en ont rien à faire; ils n’ont pas de temps pour ça.

Touche pas à mon gigot

On peut comprendre pourquoi ces gens s’exaspéraient de voir des étudiants déjà plus instruits qu’eux-mêmes réclamer que la société fasse un plus grand effort pour contribuer à la facture d’université. Les travailleurs sous-payés ne peuvent qu’être amers de se sentir sollicités pour investir dans leurs patrons de demain; de voir leurs pinottes durement gagnées contribuer au succès de ceux qui s’en sortiront.

On peut aussi comprendre leur mépris pour la culture et les artistes, aussi subventionnés et qu’on voit sourire dans les magasines et à la télé. Difficile de comprendre les bénéfices d’une culture forte pour une société quand on n’a pas le temps (ou la compréhension) de lire un livre, et pas les moyens de se payer une entrée au théâtre.

Du Gadoua pis du hockey

Finalement, on peut comprendre pourquoi les gens qui n’ont pas de temps, pas d’argent et parfois pas de lettres sont aussi sensibles aux discours provocateurs des radios d’opinion. C’est pas cher, une radio. Ça t’alterne les mêmes tounes de gros bands américains et les mêmes opinions galvaudées répétées par des semi-célébrités qui s’en torchent un peu pour vrai de la classe moyenne. Ces gens là touchent des salaires de petits (et parfois de grands) cadres pour catalyser le sentiment d’isolement et de persécution de ceux qui donnent tout et ne reçoivent rien.

Pendant ce temps là, les élites néo-libérales qui dansent rarement autour du buffet se frottent les mains: ils seront sans cesse reportés au pouvoir par une population qui méprise le succès, les intellectuels, les artistes et de façon plus générale, l’État collectif qui n’a rien de bon à leur offrir.

Ça fait beaucoup de problèmes pour une seule solution:

Un salaire décent à tous les travailleurs.

Ce n’est pas une panacée. Il restera des gens avec des troubles d’intégration au travail. Il restera de la pauvreté systémique, des programmes sociaux insuffisants, des écoles incapables de suffire à la demande, des élèves avec des problèmes d’apprentissage.

Mais ça serait un maudit bon boute de la job de faite.

Pensez à ça, gang.

Juge ma déception

J’ai une grand-maman que j’aime beaucoup et qui, en plus d’être ma grand-maman, a aussi voté pour le OUI deux fois.

Sauf que demain, quand elle va se lever pour lire le journal, elle va être super contente de voir que son candidat favori est devenu chef du Parti Québécois. C’est drôlement pas impossible qu’on se chicane un peu quand on va se voir la prochaine fois.

Ça se chicane pas mal sur Internet ce soir, d’ailleurs. D’un côté ceux qui appellent au ralliement; de l’autre ceux qui ne voient pas vraiment l’intérêt d’appuyer un Parti Québécois qui promet solennellement ne pas vouloir faire de l’indépendance son cheval de bataille.

Parce que c’est ça qui s’est passé ce soir. Les péquistes ont élu un chef qui leur a promis un bon gouvernement. Battre les libéraux pour bien gouverner une province, voici le plan de match des six prochaines années.

J’ai lu quelqu’un m’expliquer comme si j’étais un enfant que si les Québécois.e.s voient que le Parti Québécois peut bien gouverner une province pendant quatre ans, ils leur feront confiance pour gouverner un pays. Je m’excuse, mais ce raisonnement est idiot. Deux choses: ce n’est pas possible de bien gouverner le Québec avec seulement 50% de ses leviers politiques et économiques, et si d’aventure un gouvernement réussissait, il ferait la preuve que l’indépendance n’est pas nécessaire.

Mais ce n’est même pas un problème à moyen terme. En étant clair sur son absence de volonté de faire l’indépendance dans un premier mandat, Jean-François Lisée s’est privé d’avance du seul outil mobilisateur à sa disposition: le plus beau projet collectif qu’il soit possible de réaliser. La table de concertation des OUI-Québec n’a plus aucun sens, la convergence des partis indépendantistes ne peut pas se produire s’il n’existe pas d’objectif commun. Certes, le PQ offrira une vision du Québec plus intéressante que celle proposée par les libéraux, mais le gain sera trop maigre pour mobiliser les plus jeunes à sortir voter pour une première fois. Il sera bien difficile de galvaniser les troupes et de recruter de nouveaux militants. Qui, vraiment, a envie d’aller au front pour un objectif aussi beige que de battre les libéraux?

Je l’ai écrit un peu plus tôt, Pauline Marois aussi a été élue pour sortir les libéraux. Quatre ans dans l’opposition, 18 mois au pouvoir, et les libéraux sont revenus plus forts. Je ne sais pas qui remportera les élections de 2018. Peut-être le PLQ. Peut-être le PQ. Peut-être la CAQ. Rendu là, ça m’indiffère un peu.

Pour moi il ne reste qu’une solution politique viable, une seule option, une seule allégeance politique qui me convient. Elle n’a pas l’attrait de la facilité, ni le glam des caméras de journalistes. C’est une route sans raccourcis et pleine d’embûches. Mais comme c’est là, c’est la seule route que je connaisse.

Si vous êtes écoeurés de niaiser et de vous faire niaiser, embarquez-donc vous aussi.

Juge mon cancre

The Dunce by Gyakusetsu
The Dunce by Gyakusetsu

Quand je prend l’autobus le matin pour aller travailler, je prend un peu d’avance et je commence ma revue de presse thématique sur l’éducation supérieure. Toutes mes journées commencent comme ça. Un bagel, un thé, hop dans l’autobus, et direct dans les journaux. D’habitude j’en ai fini avec La Presse et Le Soleil autour de Marie-de-l’Incarnation, je règle le cas du Devoir en montant en haute-ville et il me reste tout juste un peu de temps pour gérer le Journal de Montréal et le Journal de Québec une fois à bord du Métrobus.

Sauf qu’à matin, y’avait un os dans la soupe. Un grumeau dans le sundae. Un étron sur mon gâteau. Une chronique de l’esthète du préjugé, du saltimbanque de l’opinion en canne, de l’éditorialiste en chef du club des p’tits pas vites… Dans ma pile de textes à lire y’avait une chronique de Richard Martineau.

Richard contre le 27%

J’ai lu le truc avec le même enthousiasme que si j’avais eu à ravaler un rot de vomi. L’image est forte, mais je l’assume pleinement.

En gros, Richard capote parce que selon une enquête récente, 27% des diplômés universitaires seraient des analphabètes fonctionnels. T’as raison, Richard. C’est vraiment pas édifiant. Mais tu sais quoi? Tu fais partie du problème.

Les diplômés, ils sont comme tout le monde. Certains sont moins littéraires que d’autres, c’est sûr. Ils ont une job, répondent à leurs courriels laconiquement, regardent les nouvelles à la télé, vont voir des films au cinéma. Ils ne se bousculent pas nécessairement tous aux portes des librairies. Ils sont sur Netflix, eux aussi. Et à force de ne pas lire grand chose et de n’envoyer que des courriels avec la mention « PVI », ils finissent par oublier comment aligner des phrases. Plus tu montes dans la hiérarchie de la vie, et plus t’as des stagiaires pour lire et écrire à ta place. Le résumé exécutif d’une page remplace le rapport. Plus t’es important et plus ton temps est passé en réunion. D’autres vont écrire à ta place. Tu passes ton temps à faire ton « core business »: dessiner des plans, programmer des ordinateurs, analyser des cartes topographiques, prendre des décisions d’affaires… et pendant ce temps-là, ton alphabétisme se dégrade.

Les analphabètes fonctionnels sont capables de lire, mais ils ont de la difficulté à comprendre toutes les informations tirées de textes plus complexes. Ils peuvent lire un article de journal décrivant un fait divers ou un match de hockey, mais ils auront du mal à comprendre toutes les nuances d’un éditorial ou d’une chronique d’opinion, par exemple.

Je trouve ton indignation hypocrite, Richard. Ce n’est pas le système scolaire qui laisse filtrer les cancres. As-tu vu la page d’accueil du site Web du Journal de Montréal? C’est un paquet de grosses photos. Le journal comme tel? Un recueil des gros titres, de grandes images, avec deux ou trois diagrammes pour faire joli. À force de considérer LCN comme de l’information et de prendre ses opinions pré-mâchées à la radio, c’est normal qu’on finisse par ramollir et rejoindre les rangs du 27%. Ne chie pas sur le 27%, Richard. Ils ne comprennent peut-être pas ta chronique, mais ils t’écoutent tous les jours à LCN.

Richard au pays des porteurs d’eau

Il y a un autre truc qui m’écœure dans ce texte.

Les gens qui vont à l’université sont censés représenter la crème de la crème, l’élite.

Jésus Christ, Richard! Dans quelle société est-ce que tu veux qu’on vive?

Dans le vieux temps, c’était comme ça. Dans le temps de Cormoran. Dans le temps de Séraphin. On recevait une lettre de la famille dans un autre village, alors on allait voir le notaire, le docteur ou le curé. C’était les trois lettrés du village. Ils nous lisaient la lettre. La fille à Adjuctor va se marier au printemps. Géronce a un nouveau poulain. Le petit Pamphile a dit son premier mot. Revigoré de bonnes nouvelles, on prenait rendez-vous la semaine suivante pour lui dicter notre réponse. Une crème d’homme, monsieur le curé. Un sage, un érudit, un mentor. Un phare de sagesse dans le brouillard de l’ignorance.

Sauf qu’on est plus dans le système féodal, ni au temps de Duplessis. Non seulement on essaie d’accompagner nos jeunes à travers le secondaire, mais en plus on a tenté de rendre l’université la plus accessible à tous. C’est pas encore parfait… on force nos universitaires à travailler pour payer les factures tout en investissant dans leur éducation en faisant semblant de ne pas voir pourquoi c’est contre-productif. Mais dans tous les cas, on essaie de former des cohortes bien garnies d’ingénieurs, de médecins, de scientifiques, d’analystes, de penseurs, d’artistes, de physiothérapeutes et j’en passe. Parce que c’est comme ça qu’on crée une société forte.

Dans une économie de marché tertiaire dans une des régions les plus développées du monde, on ne se démarque pas en réservant l’université à la « crème de la crème », comme tu dis, Richard. Parce que c’est comme ça qu’on crée des sociétés de porteurs d’eau. C’est en partageant le savoir, la connaissance et l’expertise au plus grand nombre que le Québec saura se démarquer. Considérer l’université comme la prérogative de l’élite, Richard, c’est aspirer à redevenir une société d’ouvriers à la merci des grands propriétaires qui parlent la langue du cash. Seule différence, aujourd’hui ça ne serait probablement pas l’anglais, mais davantage le mandarin. Je comprends que tu veuille considérer qu’être capable de lire tes chroniques de cancre, c’est appartenir à l’élite, mais justement, Richard, c’est ça qu’on appelle le nivellement par le bas.

 

Comment rester lettré après l’école

C’est pas très difficile. Lis un livre au moins une fois par mois, et un journal au moins une fois par semaine. Pas seulement les gros titres, les textes aussi. Essaie de comprendre des choses par toi-même. De temps en temps, remplace ton film d’action par un documentaire. Écrit une lettre ouverte aux journaux ou sur Internet au moins une fois par année. Ou une lettre d’amour. Ou une lettre à ton député. Peu importe, en fait.

Mais surtout, lâche les chroniques à Martineau, c’est pas bon pour toi. Ça met de mauvaise humeur pis ça fait dire des gros mots.

Juge mon peut-être

Péquistes, on doit se parler.

J’admire votre ténacité. J’admire votre loyauté à un parti qui, admettons-le, a connu des plus beaux jours. Stoïques, vous attendez la fin de l’hiver en espérant que le printemps soit doux et l’été radieux. Je peux respecter ça, même si j’ai du mal à croire aux vertus de l’attente.

Mais ce que j’admire le plus, c’est la fougue avec laquelle vous essayez de nous faire croire que le Parti québécois est encore sur le chemin de l’indépendance du Québec. Que le Parti québécois est encore le meilleur véhicule pour réaliser l’indépendance du Québec.

Examinons un instant la position des candidats à la chefferie du Parti québécois.

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Source: Le Devoir

Mis sous forme de tableau, ça n’est vraiment pas un portrait invitant. Une coutrtepointe de « si peut-être lorsque alors sinon » aux échéanciers tellement vastes que le PQ a le temps de changer trois fois de chef d’ici là.

Cloutier, Hivon et Lisée posent chacun deux conditions à l’indépendance (une élection et une incertitude pour Cloutier et Hivon, deux élections pour Lisée), ce qui signifie, toute choses étant égales par ailleurs, qu’il existe un scénario sur quatre dans lesquels ces candidat-e-s s’engageraient réellement dans une démarche d’accession à l’indépendance. Pour St-Pierre Plamondon, on rajoute une inconnue (la mobilisation démocratique suffisante), ce qui fait passer la démarche indépendantiste de PSPP à un cas de figure sur huit.

En ce moment, l’enthousiasme médiatique autour des candidatures va comme suit: moins un candidat s’engage à faire l’indépendance à court terme, plus ses idées sont traitées avec enthousiasme par la machine de l’opinion publique. PSPP, actuellement bien en lice pour le prix honorifique de l’enfant chéri des idéologues à deux balles, est aussi celui qui brandit la « mécanique référendaire » (quelle expression horrible) la moins convaincante et surtout la moins susceptible de donner des résultats. À l’inverse, la démarche indépendantiste la plus claire et assumée, celle de Martine Ouellet, est traitée par l’appareil médiatique comme une drôle de curiosité.

Mais la tragédie ici, c’est que pendant que Le Devoir hiérarchise des engagements accordés au conditionnel futur sous forme de tableau gris, les projecteurs restent bien braqués sur la mécanique et les échéanciers et personne ne parle plus du projet derrière le calendrier. La république du Québec. Notre pays, le projet collectif de toutes les nations qui vivent sur le territoire du Québec. Un pays francophone, démocratique, transparent, écologique et durable; une autorité mondiale de par son ingéniosité, ses prouesses scientifiques, ses athlètes admirables, sa culture foisonnante. Un pays qui aurait été créé non pas seulement par les fameux « Québécois de souche » mais également par ceux et celles qui étaient là avant, et ceux et celles qui sont venus après. Nous avons tout ce qu’il faut pour réaliser ce projet. C’est celui-ci que nous devons mettre en valeur pour enthousiasmer la population; pas des calendriers qui servent à planifier l’incertitude.

Et de grâce, chers amis péquistes, n’applaudissez pas un candidat, qui, comme Jean-François Lisée, brandira fièrement la promesse de ne pas utiliser les fonds publics pour faire la promotion de l’indépendance. C’est la dernière chose dont nous avons de besoin: demander à prendre le pouvoir en s’engageant à ne pas travailler à faire l’indépendance. Si mes mots ne sont pas suffisants, voici ceux de Jacques Parizeau, en 2013:

« Ça fait 15 ans que j’entends les chefs successifs du PQ au pouvoir dire : on ne va pas utiliser les fonds publics pour promouvoir la souveraineté ; or, si vous ne voulez pas utiliser les fonds publics pour promouvoir la souveraineté, pourquoi êtes-vous là ? »

À bientôt, amis péquistes. Appelez-moi le jour où vous voudrez faire un pays. Jour ou nuit, en fait. Je suis toujours partant pour ça. Mais ne m’appelez pas avant, je vais être de mauvaise humeur et peut-être vous raccrocher au nez.

 

Juge mon empressement

Les indépendantistes sont divisés sur un paquet de chose: mode d’accession à l’indépendance, pluriculturalisme, laïcité, modèle d’État et j’en passe. Dans l’oeil des médias, ils sont aussi divisés sur la question de l’empressement. Plusieurs politiciens ont été à tort ou à raison qualifiés de pressés; même François Legault a déjà eu sa carte du club des pressés.

Cette fois-ci, c’est au sein des rangs bloquistes que la guerre de l’empressement fait rage.

Louis Plamondon, confortablement juché au sommet de son dixième mandat, prétend qu’il n’y a pas péril en la demeure et que la course peut bien attendre. Pour défendre son cas, il cite l’exemple de Thomas Mulcair, tombé en disgrâce malgré une présence aux Communes en tant que chef. Ce que Plamondon ne dit pas, c’est que la débandade des néodémocrates vient probablement d’avoir voulu jouer aux conservateurs en présentant un programme budgétaire austère et en tenant constamment un double discours au sujet d’enjeux fondamentaux.

Cette fois-ci, c’est Xavier Barsalou-Duval qui représente le club des pressés. Celui-ci pense plutôt que la course devrait avoir lieu plus tôt que tard, afin d’éviter de mettre un éventuel chef dans la même situation que Mario Beaulieu, qui n’a eu qu’un an et demi pour se faire connaître du grand public.

 

Un parti de rois mages ?

L’attitude de Louis Plamondon est dangereuse. Le Bloc a enfin repris un peu de poil de la bête et doit immédiatement prendre les moyens qu’il faut de réaliser sa mission: faire du Québec un pays. Le dernier chef élu du Bloc n’a pas eu le temps qu’il fallait pour mettre sa notoriété en place. On a réclamé sa tête et on a été forcés à se dépoussiérer un messie, en l’occurrence Gilles Duceppe.

À en croire Plamondon, c’est la recette qu’il faut reproduire. Attendre que l’eau soit chaude, paniquer, et attendre qu’un messie nous tombe du ciel pour gagner l’élection comme par magie. C’est un disque qui commence à être usé. Le Parti Québécois nous l’a montré, une course à la direction c’est long et c’est sale. Rien ne divise autant les forces vives du parti qu’une course à l’interne. Il faut de toute urgence gérer cela afin de laisser au nouveau chef le temps de mettre sa réputation en place et de permettre aux militants de faire la paix entre eux.

Je concède le point aux représentants du club des pressés. Le Bloc Québécois n’a aucun avantage à retarder sa course à la chefferie. Louis Plamondon est peut-être bien confortable à Ottawa, mais les Québécois, eux, ne sont pas confortables dans le Canada. Je veux voir à la tête du Bloc un chef qui prendra les moyens qu’il faut pour nous aider à s’en sortir.