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Juge mon vote de fusion

Quand j’ai su que Sol Zanetti et quelques autres de mes collègues d’Option nationale demandaient le mandat de rencontrer les gens de Québec Solidaire (le politburo, selon Lisée) pour discuter d’une entente de fusion, j’ai cru que mes amis étaient tombés sur la tête.

Aujourd’hui 31 octobre, ça fait six ans qu’Option nationale est enregistré auprès du Directeur général des élections du Québec. Six ans à faire la promotion de l’indépendance avant tout. À tenir le flambeau à bout de bras, même quand ça fait vraiment mal.

Vous avez appelé ça de l’obstination. J’ai répondu que c’était de la résolution.

Faut dire que je l’aime en hostie, ce parti-là. J’ai donné de mon temps sans compter, ces cinq dernières années. Malgré les critiques régulières, les messages privés de haine et les sondages post-congrès un peu insultants. C’est un milieu qui est un peu ingrat, il faut le dire. Mais c’est pas grave. Il n’y a rien comme la satisfaction d’être allé au bâton pour la cause à laquelle on croit.

Ça semble un peu absurde d’abandonner maintenant, non?

Et pourtant. J’y réfléchis depuis un moment déjà, et mon choix est fait.

Une réponse claire à une question claire
Option nationale a eu une belle période; celle où on avait un député à l’Assemblée nationale. Ça a duré moins d’un an. Jean-Martin Aussant n’aura pas su mobiliser la population de sa circonscription redécoupée de Nicolet-Bécancour. La suite, on la connaît.

Plusieurs facteurs font en sorte qu’Option nationale ne peut pas raisonnablement espérer faire élire des députés ni en 2018, ni en 2022. Le vote stratégique, l’obsession de « gagner ses élections » et la mauvaise connaissance du système politique en place en sont des facteurs déterminants. Le résultat est le suivant: Option nationale est un parti campé sur sa vocation d’offrir une alternative aux véritables indépendantistes sans toutefois pouvoir aspirer à faire élire des députés indépendantiste à l’Assemblée nationale.

Quand l’entente de fusion a été dévoilée, les gens ont accusé Sol Zanetti de s’être magasiné une job. Stupidité ou hypocrisie? Il me semble que c’était notre objectif depuis le début, envoyer un champion de l’indépendance sur le payroll du parlement.

Pire. L’entente proposée transforme (oui, « wololo ») l’actuelle et future députation de Québec solidaire en indépendantistes. Leur raison d’être devient la création de la République du Québec. Leur mandat leur interdit de reconnaître la validité du régime canadien. Selon les projections actuelles, les Solidaires seront entre 6 et 12 aux prochaines élections. Quand bien même ce chiffre ne dépassait pas les 5, ça serait néanmoins la plus grande incursion ouvertement indépendantiste à l’Assemblée nationale depuis 1994.

La question de fusion est donc simple. « Voulez-vous que des indépendantistes élus en promettant de faire du Québec une république siègent à l’Assemblée nationale? »

Je suis trop indépendantiste pour répondre non à cette question.

L’impermanence du collectif
Le point qui semble le plus chicoter les sceptiques est que les mesures organisationnelles promises (collectif, sièges réservés, salarié.e, etc.) ne le sont que pour une durée limitée.

Inversement, l’avenir d’Option nationale est perçue comme durable, éternel, gravé dans le roc. Je ne sais pas comment on peut penser ça.

Une poignée de militants déterminés prennent en charge les responsabilités qui devraient incomber à un groupe quatre fois plus nombreux. Dans la joie et l’enthousiasme. On accueille leur contribution avec des applaudissements au début, mais rapidement, ça devient des lettres de haine et des sondages post-congrès remplis de commentaires passifs-agressifs. Un par un, les militants partent. Ceux qui restent se font encore plus varloper et doivent quitter dans la disgrâce. Pendant ce temps-là, les gérants d’estrade restent assis sur leur Bas-Canada.

Avec cette démobilisation tranquille qui sévit depuis les dernières élections générales, il faudrait une mobilisation générale et totale, un retour au bercail de ceux qui sont allés engraisser les rangs de ceux qui ont capitulé. La tâche à accomplir d’ici le scrutin de 2018 est colossale. Personne ne semble avoir le goût de s’y atteler. C’est plus confortable de rester chez soi et de critiquer le dernier vidéo de Sol Zanetti.

Cependant, une fraction de cette énergie, fraction dont je nous sais capable, serait suffisante pour diffuser la culture d’Option nationale à tous les niveaux et tous les paliers de Québec solidaire. Je suis convaincu que nous y serions les bienvenus. Nous avons beaucoup de choses à apprendre aux solidaires. Ce n’est pas de la capitulation. Il s’agit de maximiser son impact, de choisir l’optimum du retour sur l’investissement. Il me semble y voir une opportunité grandiose de diffuser largement notre argumentaire indépendantiste auprès de gens déjà mobilisés, déjà réseautés, et prêts à en apprendre davantage.

J’arrive pas à m’imaginer un meilleur public.

Le financement du collectif Option nationale et les mesures facilitatrices à l’inclusion des deux partis sont très temporaires mais les effets viraux de la fusion seront permanents. La personnalité d’Option nationale pourrait vivre à jamais à l’intérieur de Québec solidaire.

Ça me semble même irresponsable de ne pas tenter le coup.

La peste orange
Reste la dernière question, celle de la gauche radicale. La destruction du capitalisme. La mort des institutions. La pendaison des cochons.

Il y a quelques semaines je suis resté un peu pantois (oui, comme l’ancienne ministre) quand un utilisateur de Facebook m’a répondu qu’ON et QS ne peuvent pas fusionner car il s’agit d’un parti de droite (puisque Jean-Martin parlait d’économie, son explication, pas la mienne) et d’un parti de gauche.

Que-pardon-quoi?

Okay, le gars a du mal à lire une carte. Mais il n’est pas le seul. Plusieurs militants d’ON se réclament de la droite du spectre politique, et je me demande souvent comment ils font pour vivre avec notre programme.

Ou plutôt, comment ils peuvent tolérer le nôtre et pas celui de QS.

Parce que la dernière fois que j’ai regardé, Option nationale proposait de nationaliser les ressources naturelles, le transport électrique, le financement des entreprises, d’instaurer la gratuité scolaire de la maternelle au doctorat et le revenu minimum garanti.

D’accord, celui de QS parle de dépasser le capitalisme, mais au niveau de la réalisation, on nage grosso modo dans les mêmes eaux, quand même.

Du pareil au même?
La rédaction du programme d’ON martèle davantage la notion de Québec pays. C’est un enjeu davantage prioritaire pour nos militants. C’est ce qui nous convainc que l’on doit cheminer séparément.

Mais peut-être qu’on a les yeux rivés trop près du problème. Le sympathisant d’ON moyen ne vote pas pour ON. Le nombre de bulletins récoltés par le parti en témoigne largement.

L’électeur moyen, celui qui nous permet de passer des sous-sol d’église à l’Hôtel du Parlement, lui, ne voit pas la différence entre ON et QS.

Et puisque la conjecture nous donne l’opportunité de marquer des points dans un processus de synergie historique, il me semble qu’il faudrait être sots pour s’en passer.

Le projet de pays du Québec mérite d’être entendu. Il doit être partagé. Évangélisé. Il faut avoir le courage d’aller le porter à l’extérieur de nos murs. Les adversaires d’aujourd’hui peuvent devenir les alliés de demain.

Wololo.