Juge mon Gargamel

Ce matin, Mathieu Bock-Côté s’en prend aux Schtroumpfs. Ou plutôt, à des gens qui ont décidé de faire un grand rassemblement de Schtroumpfs. Parce qu’une couple de milliers d’adultes ont décidé de se maquiller le visage pour faire le party et briser un record. Après la laïcité, le féminisme, l’écologie et les autres ethnies, Bock-Côté a décidé de s’en prendre au fun.

Pour notre Schtroumpf grognon national, qu’un aussi large groupe d’adultes se prêtent à cette activité, c’est « symptomatique d’une crétinisation culturelle ». Symptomatique aussi de la désintégration des grandes communautés d’appartenance et de « l’infantilisation accélérée du monde adulte. »

Je ne sais pas comment le philosophe en résidence de Québécor me qualifierait, qui anime avec ma trentaine entamée une émission radiophonique hebdomadaire sur les jeux, les films de super-héros et les bédés de science-fiction. Ou encore que notre collaborateur Christian soit en train de redéfinir le genre de l’espionnage avec son jeu de rôle Titan Effect. Ou encore l’ami Louis-Félix qui a conquis la planète avec le très plébiscité Mages of Mystralia. (Ce qui, d’ailleurs, est un geste efficace d’affirmation culturelle. Je dis ça, je dis rien.)

C’est vrai qu’on connaît aujourd’hui une grande diversification dans les façons de s’amuser. La taverne fait place au café-ludithèque et aux jeux d’évasion. C’est un plan de soirée tout à fait acceptable de se réunir entre amis pour une partie de Scythe, un divertissement auquel s’adonnent fièrement des Fred Savard ou des Normand D’Amour.

On vit à une époque où « divertissement pour adultes » ne veut pas forcément dire « film de fesses » et il faudrait en prendre acte. Nous ne sommes pas en crise d’identité ou en régression infantile parce que les événements de cosplay ou les marches de zombies se multiplient.

Au contraire, dans un monde technologique qui nous a donné les jeux en ligne, la vidéoconférence et le cinéma direct-dans-ta-tévé, on crée encore des nouvelles occasions de se réunir et de passer du temps ensemble. C’est ça, l’esprit de communauté. Échanger des expériences, partager un bon moment, rigoler en famille, entre amis ou même avec des inconnus.

C’est ça que faisaient les Schtroumphs, quand on y pense. Passer des bons moments en gang, faire des rondes de danse et des festival pour un oui ou pour un non. Pendant ce temps-là, Gargamel vit seul dans sa bicoque moisie, penché sur ses grimoires en tentant d’imposer son amertume aux autres.

C’est correct, Mathieu. On peut jouer sans toi.